Elsa Philippe

« On the Internet, nobody knows you’re a dog » est la phrase, apparut dans un des dessins de Peter Steiner pour The New Yorker en 1993, qui marqua le début de l’usage courant d’Internet comme sujet de discussion dans les revues généralistes. Le dessin évoquait des thèmes comme la confidentialité et l’anonymat sur Internet, thèmes qu’Elsa Philippe (Paris, 1987) place également au centre de ses recherches. Dans Nobody knows you’re a dog (2014), l’artiste s’approprie d’une partie de la phrase de Peter Steiner pour le titre de son projet de base de données en ligne, dans lequel les visiteurs d’un cybercafé de Londres peuvent publier à l’infini leur identité à travers des images trouvées sur le web. Ce travail illustre non seulement ce que le dessin symbolise mais en même temps il souligne l’extrême facilité avec laquelle l’utilisateur peut fournir ses données personnelles et également celle pour les nouvelles technologies de les sauvegarder.
Issue d’une génération ayant grandi avec le progrès des technologies et du culte de soi grandissant, comme elle le déclare elle-même, l’artiste s’intéresse aux modalités avec lesquelles les nouveaux médias affectent et transforment nos comportements, et la façon dont nous abordons notre subjectivité. La vidéo The. & co (2012) au style grotesque et chaotique qui rappelle celui de l’artiste américain Ryan Trecartin, explore le rituel de la construction quotidienne du soi virtuel, en nous catapultant dans un futur proche dans lequel les hommes communiquent exclusivement à travers les nouvelles technologies. L’être humain, tel que nous le connaissons aujourd’hui, exclu de ce type de communication, est le seul à caractériser ce qui est « différent ».
La question des comportements sur Internet est au coeur de And thank god for the catfish (2015) qui étudie le catfish, c’est-à-dire les relations amoureuses sur le web sous une fausse identité. L’installation conçue comme un playground aux décors hyper-réalistes grâce à l’utilisation massive du trompe-l’oeil, plonge le spectateur dans le monde des jeux comme une métaphore de ce type de comportement. Dans le film, qui apparaît comme la prothèse d’un des éléments mis en scène, l’artiste réunit différents personnages issues de la technologie populaire qu’elle trouve dans son environnement immédiat : de You Tube – son magasin principal de bricolage – elle puise films, documentaires, téléréalité, dialogues, qu’elle modèle pour créer un univers dans lequel sont présents différents personnages, comme une présentatrice d’un JT ou un policier, pour ensuite découvrir que seul l’un d’entre eux est réel. Le film ramène sur le devant de la scène un thème de grande actualité de la mondialisation, à savoir : la multitude des identités (dans la collectivité et aussi chez l’individu) et la possibilité de les communiquer et de les rendre intelligibles aux autres.

Texte par Veronica Valentini

Enfant d’une génération ayant grandi avec le développement des nouvelles technologies et entourée par les conséquences d’un monde largement globalisé et égocentrique, je produis des oeuvres surréalistes et apocalyptiques inspirés par le consumérisme contemporain et notamment par la culture Internet et la manière dont celle ci influe sur nos comportements et notre quotidien.
Je m’intéresse au développement de l’individualité dans les cultures contemporaines, et tout particulièrement à la façon dont nous utilisons les images à travers les nouveaux moyens de communication pour servir le culte du soi.
Je m’inspire de faits, d’histoires, de réalités existantes que je réintèrprète et fusionne dans de nouvelles structures.
L’Internet est au centre de ma révision de la communication et de la communauté. YouTube, l’école du narcissisme, est pour moi non seulement un large moyen de distribution, mais aussi un grand magasin de bricolage : les vidéos que d’autres postent et téléchargent deviennent en partie le matériau de mon travail.
Cet univers numérique et chaotique s’inspire non seulement du format blog, des avatars, des émissions de télé-réalité ou encore des spots publicitaires. Je travaille avec les débris de la culture populaire contemporaine et les complète avec des costumes et des formes artisanales.
La densité excessive de cette esthétique criarde réagit à cette nouvelle culture en ligne ; mon travail présente une expérience absurde et grotesque du monde et
traite de la sensibilité comique de notre société et de son évolution.

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